Flatfoot 56 - Toil (2012)

publié par Aifix le 29 novembre 2012

Douze années d’existence, cinq albums, une ribambelle de tubes, des tournées ... Autant dire que les Flatfoot 56 sont tout sauf des débutants. Attendus au tournant après le succès en 2010 de leur précédent opus Black Thorn, les gars de Chicago reviennent aujourd’hui pour nous présenter Toil, leur sixième album.


F56-Toil-2012Flatfoot 56 n’est pas un groupe de punk rock chrétien. C’est LE groupe de punk rock chrétien. Respecté dans le milieu chrétien jusqu’à Jungle Of The Midwest Sea, c’est l’album Black Thorn, en 2010, qui lui a ouvert des portes dans le milieu séculier, notamment grâce à une coopération avec Johnny Rioux, le producteur des Street Dogs. La suite, on la connaît : sortie européenne du disque, suivie de plusieurs tournées européennes, passage de plusieurs de leurs titres dans la série « Sons Of Anarchy »... Bref, les retours sont excellents. On change pas une équipe qui gagne et c’est donc avec le même bonhomme, que les Flatfoot ont travaillé pour enregistrer Toil. Y’a pas à tergiverser pendant des heures, niveau qualité on est au moins au niveau de Black Thorn. Je dis "au moins" car Toil pourrait bien être le meilleur album des Flatfoot !

A chaque fois, le groupe a su évoluer pour éviter le sentiment de répétition. Et si cette tache devient plus difficile au fur et à mesure, elle est un véritable succès en ce qui concerne Toil. L’opus est varié, recherché et mature. On sent que le groupe n’est plus vraiment un outsider et ne cherche plus à prouver, mais à faire ce qui lui plaît. Les plus furieux trouveront peut-être que les titres rapides mettent du temps à arriver mais pas de panique, l’attente vaut le coup ! On sent que le groupe a mis du cœur à l’ouvrage car il n’a jamais utilisé autant d’instruments différents : cornemuses et mandolines bien sûr, mais aussi harmonica, piano ou violon ! Autre point notable, l’absence d’introduction. Alors que le groupe s’en était fait une spécialité et excellait dans le domaine, il a décidé ici de commencer directement avec un morceau pêchu, toutes cornemuses dehors. Ce qui montre, une fois de plus, la volonté d’évoluer et ne pas juste refaire ce qui a déjà été servi aux fans.

Mais plutôt que de dire plus longtemps des généralités, je vous propose de rentrer dans les détails, morceau par morceau. Ce n’est pas dans mes habitudes, mais c’est pas tous les jours que j’ai l’occasion de chroniquer un disque aussi bon. Je sors donc mes gants en latex et mes scalpels pour vous offrir une petite autopsie :

1) Brother Brother

Ça commence avec du bon vieux Flatfoot à l’ancienne : cornemuses très présentes, Toby au chant, chœurs puissants... Le tout avec un texte où le narrateur tire une sonnette d’alarme. Il s’adresse à un ami proche, essayant de comprendre ce qui a pu se passer et l’encourageant à réagir pour ne pas se laisser submerger par ses difficultés. On retrouve l’optimisme (mais sans jamais tomber dans le moralisme) légendaire du combo. Un titre assez classique, mais qui ouvre parfaitement le bal.

2) The Rich, The Strong and The Poor

On passe aux choses sérieuses avec ce titre qui est peut être un des meilleurs de l’album. Le riff est simple et les chœurs assez appuyés. Ce qui donne une ambiance « chant de supporters de foot » qui n’est pas pour déplaire. Le refrain vous restera dans la tête pendant un bon bout de temps. Du côté du texte, on a droit au récit d’un homme qui a "tout vu, tout fait", mais qui ne trouve toujours pas sa place sur terre, puisque sa véritable maison est au ciel. Une réflexion sur la vie éternelle intéressante, très très loin de tout prosélytisme.

3) I Believe It

En deux mots : un tube ! I Believe It est un morceau optimiste, pêchu, taillé sur mesure pour le live (une autre spécialité du groupe). On retrouve de nouveaux des chœurs puissants ainsi que la phrase « I Believe It » scandée régulièrement ce qui amène un brin d’agressivité au morceau, en mode "poing fermé en l’air". Le texte nous apprend que nos gaillards croient en beaucoup de choses mais surtout en les secondes chances. Un morceau assez punk mais très réussi pour autant.

4) Take Hold Again

Une piste un peu moins marquante, où on voit le retour des cornemuses. De nouveau un texte sur l’amitié.

5) Toil

Un titre très surprenant puisqu’il commence comme une ballade folk, avec juste une guitare sèche et le chant de Toby. Puis, au fur et à mesure, les autres instruments arrivent : batterie, violon... Si bien, que le morceau ne finit pas vraiment comme il a commencé. Un peu comme une évolution progressive qui va créer toute une ambiance. Les violons en rajoutent sur le côté mélancolique. Il ne reste plus qu’à ajouter un texte sur la dureté de la condition ouvrière, et vous obtenez un des titres les plus sombres de Flatfoot 56. Beaucoup d’envergure donc. Une très bonne surprise !

6) Live Or Die Trying

On repart avec quelques chose de beaucoup plus positif (tout est dans le titre !) Le groupe nous présente une fois de plus sa bonne humeur et son goût de vivre sur une batterie à 100 à l’heure, mais qui sait aussi changer de rythme aux moments opportuns. Un outil de choix pour combattre les réveils difficiles !

7) Work For Them

Titre un peu plus basique, assez court, ou on retrouve le côté punk. Le texte est engagé et est un appel à la rébellion. Le tout servi avec une référence biblique : « Et que sert-il à un homme de gagner tout le monde, s’il perd son âme ? » (Marc 8:36)

8) Terrorizing Truth

Un bon alliage de la mandoline et de la deuxième guitare. Malgré tout, il manque un petit quelque chose pour en faire un titre inoubliable. Le refrain ne m’a pas emballé.

9) Strong Man

Bien que ce ne soit pas le meilleur morceau de l’album, Strong Man reste de bonne facture en nous proposant la recette suivante : punk rock teinté d’ambiances un peu folk, ce qui semble être l’adage de cet album.

10) 6" 10

Là pour le coup, on est carrément dans de la folk pure. Guitares sèches, mandolines et harmonicas sont au rendez-vous. On rentre un peu plus dans les "racines" de ce qui inspire le combo, à savoir la folk et la country. Le texte est léger mais très drôle puisqu’il se penche sur le point de vue d’une personne excessivement grande de taille, et de comment on la harcèle en lui posant des questions à ce sujet. Tout ceux qui auront rencontré les frères Bawinkel (respectivement les guitariste/chanteur, bassiste et batteur du groupe) sauront que ce titre est évidemment auto-biographique !

11) This Time

C’est Justin, le batteur, qui se charge du chant pour This Time. Et c’est un retour aux guitares saturées avec cette autre piste bien punk, comportant un texte engagé. On retrouve le côté "libre penseur", comme évoqué plus haut, notamment avec cette phrase : « Cette fois, on s’en fout de ce que tu penses ! ». Pas de doute, Flatfoot 56 s’est fait sa place dans la cour des grands.

12) Winter In Chicago

Autre surprise de l’album, Winter In Chicago est un morceau comportant un piano ! Mais ne vous laissez pas déstabiliser pour autant, car ce titre est très réussi. Il sent le vécu puisqu’il raconte l’hiver particulièrement rigoureux qu’ont connu les habitants de Chicago l’année dernière. On retrouve le thème de classe ouvrière, cher aux Flatfoot. Mais également celui des racines, plus précisément les leurs, avec cet hommage à la "Windy City", ville-phare du Midwest, leur terre natale.

13) I’ll Fly Away

Cet album se termine avec un morceau très festif qui est une reprise d’un fameux cantique américain qu’on a pu notamment entendre dans le film O’ Brother. Et pour les chœurs, on a droit à une apparition de l’épouse de Toby.

Le disque se conclut ainsi, avec de bonnes vieilles cornemuses et de nouveau l’évocation de ces racines folk, qui parcourent l’album. C’est un peu comme si, malgré tout ça, le groupe n’avait pas changé, était resté fidèle à ce qu’il sait faire, à ce qui lui donne de l’inspiration.

En résumé, c’est le carton plein pour Flatfoot 56, qui nous sert une excellente cuvée 2012 chez Paper + Plastick. Pour conclure, je dirais qu’on est impatient de voir le groupe défendre cet opus en live, et ça tombe bien puisqu’une tournée européenne est prévue pour début 2013. Jetez un coup d’œil à leurs dates, il y a des chances qu’ils passent près de chez vous !


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