Sufjan Stevens - Illinoise (2005)

publié par Séb le 17 mars 2007

Ici, point de grosses guitares, de chanteurs qui hurlent ou de déferlante de double-pédale. Sufjan Stevens fait du folk. Et on peut dire qu’il se débrouille plutôt pas trop mal...


Sufjan Stevens est un peu un acteur à part de la scène chrétienne. Il a refusé cette étiquette religieuse il y a plusieurs années de cela et circule depuis dans le milieu dit séculier. Mais Sufjan est surtout une sorte de prodige de la musique. Il joue une vingtaine d’instruments, trouve toujours le petit plus qui rendra une mélodie ou un arrangement vraiment original et se révèle être, par dessus tout, un chanteur hors-pair. Une ligne de piano, une flutte légère, la voix et le charme prend immédiatement. C’est reposant, doucement nostalgique et ça s’appelle Concerning The UFO Sighting Near Highland, Illinois premier morceau de cet album qui ira de surprise en surprise. Mais la première d’entre elles vient du titre de l’album en lui-même, Illinoise, qui s’avère être le 2ème du chanteur qui ait pour titre un état des USA. Le premier étant Greetings from Michigan : The Great Lakes State. Peut-être que Stevens compte continuer sur sa lancée et si cela venait à en être le cas, on ne peut qu’espérer que les prochains albums puissent être d’une qualité au moins équivalente à celui-ci.

Et donc c’est simple, c’est magnifique, de bout en bout. A l’écoute, c’est l’un de ces disques qui nous permet de s’imaginer en train de se balader dans un paysage de fin d’orage, avec le soleil qui revient, mais pas trop fort, juste assez pour marquer un beau contraste avec les gros nuages noirs qui s’en vont plus loin. C’est plein de bonne humeur, mais il reste toujours cette petite pointe gentiment mélancolique, une sorte de léger regret, d’une envie de retrouver des sentiments perdus l’on ne sait où. Et Sufjan Stevens nous emballe tout cela dans de fins arrangements, entre violons, cuivres, percussions, piano, cordes et un très joli travail sur les voix. Ce n’est plus ici de la simple folk, mais plus un réjouissant ensemble instrumental complètement cohérent. Et si musicalement Illinoise est déjà une réussite totale, ce serait sans compter sur les textes inspirés, émouvants et parfois drôles, écrits, eux aussi, par Sufjan Stevens. Que ce soit John Wayne Gacy, Jr. (nom d’un tristement célèbre serial killer) qui nous raconte l’histoire de cet homme qui jouait double jeu, cachant ses horribles méfaits sous sa maison. Ou encore Casimir Pulaski Day qui s’arrête sur le décès d’une personne aimée et des quelques situations qui ont précédées sont départ. Les paroles de Stevens sentent le vécu, le réel, le palpable et, pour peu que l’on comprenne un brin l’anglais, on pourra vite être touché par ce qu’il nous conte. Et si, comme dit au début, le chanteur-musicien-parolier s’est détaché de la scène chrétienne, on redécouvre, à plusieurs reprises, ses convictions. Certes ici, point de martelage, mais une belle subtilité et des idées, beaucoup d’idées, qui font de cet album, de cet artiste, quelque chose à part, que l’on aurait envie de garder tout près de soit.

Illinoise est un album rare. Et même s’il faut plusieurs écoutes pour appréhender totalement ses richesses et finir par apprécier certains morceaux qui pouvaient coincer au début, le voyage en vaut la peine. Merci Sufjan.


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