Staple - Of Truth & Reconciliation (2005)

publié par Fabien le 14 novembre 2005

Emergeant du magma emo hardcore qui a envahi les rangs des disquaires depuis quelques années, Staple nous livre ici un deuxième album avec des arguments qui méritent que l’on s’y arrête. Une année seulement après le judicieusement nommé Staple, Of Truth and Reconciliation, s’il n’échappe pas aux nombreux clichés inhérents au genre, contient néanmoins quelques moments de bravoure qui lui font sortir la tête de la vague fashion-core.


Staple - Of Truth & ReconciliationDans les points négatifs, on relèvera tout d’abord une musique généralement peu originale. En effet, certains morceaux, en particulier Sound of Silence, sont une parfaite application de ce qui se fait de mieux (ou de pire ?) dans les grosses productions commerciales. Malgré un label de taille moyenne (Flicker, qui n’est pas distribué en Europe), Of Truth and Reconciliation, présente un son lisse, voire aseptisé, qui fait perdre la spontanéité d’un style avant tout fait pour le live. La pochette, ensuite, qui prouve que même les meilleurs (Asterik studio, encore eux) ont leur moments de faiblesse. Non que la pochette soit ratée, ou mal conçue, mais on est bien loin des monuments qu’on offert Asterik à bon nombre d’artistes. Dans les détails, je signalerai encore le logo "enhanced cd" qui laisse imaginer un bonus multimedia avec des vidéos, et autres bonus inutiles, mais sympathiques, mais qui ne propose qu’une animation rachitique menant a un lien vers le site officiel du groupe, bel effort, merci.

Tout n’est pas sombre, néanmoins. En effet, cet album contient un argument massif, qui contrebalance à lui seul les arguments négatifs : les paroles. Il est plaisant de savoir que le spirit-filled hardcore n’est pas complètement mort, et que si la majorité des groupes se contente d’un message vaguement connoté, il en existe qui n’ont pas peur de leurs convictions. Je reléverai en particulier deux morceaux qui m’ont particulièrement marqués, Honor and Integrity ainsi que Gavels From Gun Barrels.
Le premier relève la vacuité des gestes religieux que l’on fait par habitude, sans penser au sens que ces gestes ont, ou ceux que l’ont fait pour montrer au monde quel bon chrétien on fait. Il parle aussi de la difficulté de mettre en pratique le message de la Bible et se conclut sur un impressionnant "I’ve believed every word, it’s just so hard to obey [..] Jesus, forgive me." ("J’ai cru a chaque mot, mais c’est tellement dur d’obéir[..] Jésus, pardonne-moi"). Au niveau musical, on relèvera une performance vocale assez impressionnante à la fin du morceau, ou les voix s’allieront pour offrir un pur moment de calme et de douceur mélodique, qui fera hurler les intégristes du hardcore, tout en s’intégrant parfaitement au morceau.
Le second, qui vient juste après Honor and Integrity parle de la grâce, avec des mots assez forts. Il raconte en effet l’histoire d’un homme tué et qui revoit sa vie passer devant ses yeux. Une longue phrase au milieu du morceau, parlée pour que l’on comprenne bien ce qui est dit, cache une bombe spirituelle, je ne peux résister a vous en livrer la traduction : "J’ai débauché et trompé, et détruit des familles. J’ai tout pris, rien donné et reçu mon jugement par l’oeil objectif d’un canon. Je suis coupable, c’est vrai, mais néanmoins plein de remords. Je suis désolé ! [..] Que va-t-il advenir de l’appel désespéré d’un homme malhonnête cherchant la pitié du Bon Juge ? Il aime l’aimable et le détestable, le décadent et le saint. Il a un plan pour le pape, et Il a un plan pour moi". Le message est clair, limpide même, on appréciera.
Il faut aussi relever de relativement nombreux passages mélodiques plus proche de l’indie que du pur emo-hardcore, qui laissent entrevoir des aspects du talent de Staple malheureusement trop peu mis a contribution sur cet album.

Pour résumer, si l’emo vous file de l’eczéma rien qu’a entendre prononcer son nom, que vos cauchemars sont peuplés de mèches sur les yeux, passez votre chemin, pour les autres, vous pourrez trouver dans cet album quelque belles pépites et la preuve que le retour du spirit-filled hardcore passera aussi par l’emo hardcore.


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