Saving Grace - The King Is Coming (2011)

publié par Tobor le 29 octobre 2011

Après avoir eu l’honneur de chroniquer les deux premiers opus d’un combo néo-zélandais prometteur, il incombe logiquement aujourd’hui à Tobor, votre dévoué chroniqueur, de se pencher sur The King is coming. Troisième sortie donc pour Saving Grace qui continue sur sa lancée mélangeant les côtés les plus brutaux du metal et du hardcore. C’est du lourd, très lourd ! The King is coming sera probablement un des plus grands crûs 2011.


Pourtant, une certaine inquiétude plane sur l’ouverture de l’album. Titre éponyme, la première piste de l’album débute sur exactement le même genre de riffs que Opposition, de l’EP du même nom, sorti par Altars dernièrement (qui n’avait pas reçu toutes les faveurs de votre serviteur pour rappel). Même rythme, même sonorité, tout laissait penser que Saving Grace s’est laissé choir dans le cliché gratuit perdant un peu en personnalité. Que les fans se rassurent, il n’en est rien. Après quelques secondes, une deuxième guitare vient couper court à toutes les interrogations ajoutant à cela la voix lourde et sans compromis de Nicolas Tautuhi toujours fidèle au poste.

Parlons-en justement, tout au long de l’album, le frontman prouvera qu’il a gagné en expérience. Là où on pouvait lui reprocher trop de linéarité et des hurlements monocordes sur Behind Enemy Lines et Unbreakable, on peut dire qu’il balaye toute critique possible à ce sujet ici. Le panel de chant a évolué, il se permet d’aborder des nouveaux timbres, a considérablement gagné en puissance et en présence. On en plaindrait ses cordes vocales qui doivent être mises à rude épreuve pour le grand bonheur des oreilles d’amateurs de brutalité que vous êtes.

On enchaine avec des musiciens qui ne sont pas en reste. Chacun ayant fait son petit bout de chemin, on constate qu’ils ont gagné en technique, explorant des nouveaux horizons. On remarque même quelques soli ça et là (leur pertinence étant néanmoins tout à fait discutable malgré leur complexité indéniable). Un batteur bien présent également. Sans courir un marathon, il fait son boulot avec brio, cherchant l’efficacité avant la rapidité. On peut sans autre dire que tout le groupe s’est mis au service de la même cause, simplicité et rendu.

L’équilibre entre le metal et le hardcore est bien maîtrisé. De ce côté-ci Saving Grace a aussi progressé, tirant réellement le meilleur de chacun des deux styles musicaux. On sent parfois l’influence des grand frères de Facedown, notamment Impending Doom avec réserve toutefois. (Man of Sorrows (The Funeral Didge) en est l’illustration avec sa lenteur et sa lourdeur distribuant les baffes façon « Prends ça, et ça et ça »). Les néo-Zélandais peuvent se vanter d’avancer dans leur direction sans subir les virages presque automatiques imposés par le commerce du HXC de nos jours. Ils nous offrent de la musique sans concessions ni fioritures, Boum dans ta face et vas-y que je te détruise les murs à coups de poing.

Les gars restent pourtant fidèles à leurs racines, car s’ils intègrent parfaitement le côté technique du thrash metal, les parties hardcore restent d’une qualité à toute épreuve, très old school. On peut dire que si les groupes de hardcore d’il y a trente ans avaient pu se produire avec les moyens techniques d’aujourd’hui, ça aurait probablement donné ce que Saving Grave propose. A l’image de Habakkuk qui se termine sur un alliage de breakdowns et de réponses entre chanteur et sing along absolument bestial. Notez qu’il intervient juste après le désormais traditionnel Eye of the Storm auquel on pourrait peut être reprocher d’être moins travaillé qu’habituellement.

On enchaine ensuite sur Kefirah qui sera élu au rang de coup de cœur par votre dévoué. Beaucoup plus metal, très thrash tout aussi violent que l’ensemble de l’album, cette piste est une très bonne synthèse de ce que Saving Grace propose depuis ses tout débuts. Notez encore le morceau Beware the Apostate qui offre également une excellente prestation, avec un riff très groovy et catchy tout de suite repérable, excepté un solo dont la nécessité est discutable, il est un des autres morceaux à écouter absolument. A la fin de tout ça, on a un With lifted Eyes qui est un OVNI musical à l’album. Ce morceau est beaucoup plus lent, plus progressif, avec des cris en fond façon films d’horreur, presque Sludge/Doom sur les bords on clôture l’album avec un breakdown très lent agrémenté de synthé et de sing along. C’est une fin surprenante mais très loin d’être déplaisante.

Mais attention, ne recommandez que certaines productions serait un affront fait à cette galette qui mérite d’être écoutée dans son entier. Car dans l’ensemble, tout est bien équilibré et c’est un retour aux sources qui fait toujours plaisir à entendre, tant la pollution est grande aujourd’hui sur la planète metalcore. On pourrait comparer The King is coming à du As I Lay Dying dont on aurait retiré toute la pop.

On va abandonner le plan musical que chacun aura le loisir d’explorer en long, en large et en travers pour se faire une opinion pour les paroles qui constituent un point important pour Saving Grave au vu de leurs différents engagements tant spirituel que dans des causes plus humaines/écologiques (certains membres étant straight edge et vegan/végétariens). Dans un premier temps, relevons qu’il n’y a ici aucune ambiguïté quand à la foi des auteurs, le cahier contenant les paroles a également des petites notes (versets ou explications directes) après chaque chanson afin de les développer encore un peu. A l’image de cette note que l’on trouve après Cross Contamination :

We are all responsible for the preaching of the eternal gospel of the Lord Jesus and to preach it accurately, but to blindly trust that every teacher out there is preaching the true gospel would be foolish. Question everything. Make sure it lines up with scripture and be willing to biblically rebuke those who preach lies or share in their guilt. The truth is within reach and willing to be found. Take the initiative ; find it and go forth in encouragement, speaking life-giving words of truth.

On pourrait aussi citer Habakkuk qui se termine sur ces mots :

Come Lord Jesus ! Emanuel ! Bring your Glory ! Bring your Justice !

En quelques mots, on trouve dans The King is coming tout aussi bien des pistes visant à louer la grandeur de Dieu que des chansons qui visent à faire passer un message clair et direct façon HxC, Saving Grace est engagé et affiche sa foi sans honte ce qui est tout à fait respectable.

Pour terminer, Saving Grace revient très fort avec un album qui peut être considéré comme leur sommet aujourd’hui. Prouvant qu’il maîtrise sa musique et qu’il a des choses à dire, ce groupe a tout pour plaire au plus coreux et au plus bourrins d’entre les auditeurs. Certes à ne pas mettre entre toutes les oreilles mais les amateurs de metalcore old school sauront l’apprécier à sa juste valeur. A l’instar de leur équipe de rugby récemment, les All Blacks du HXC allient parfaitement puissance et technique pour vous offrir un album qui devrait rester dans les mémoires encore longtemps. A écouter, vraiment.

Saving Grace sur Myspace
Facedown Record


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