Pål Dæhlen (Nordic Mission) - Blast of Eternity 2013

publié par Djhé, Johnar le 13 mars 2014

Ces gars qui bossent dans l’ombre, consacrant leurs week-ends, leur temps libre et leur énergie pour une plus large diffusion du metal chrétien, fidèles au poste, honorables et désintéressés, ben on en a chopé un ! Pål Dæhlen, de Nordic Mission.


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Quand as-tu fondé Nordic Mission ?

On a commencé en 1997. J’étais avec un ami, et à la base c’est venu d’une simple envie d’agir, parce qu’on aimait tous les deux le metal chrétien. À cette époque, ce n’était pas facile de trouver ni les albums ni les T-shirts, il fallait tout commander directement aux groupes. En Norvège, il n’y avait absolument aucun endroit où trouver quoi que ce soit. Donc on a voulu changer ça. Au début on avait beaucoup de démos et de cassettes, notre stand faisait à peine un mètre carré, ce n’était rien de tellement sérieux ! On distribuait surtout du matériel de groupes qu’on connaissait, comme Antestor, Extol, Crimson Moonlight, Sanctifica, des groupes qu’on avait aussi moyen de voir en concert. On a commencé par avoir un stand dans des concerts et à travailler sur une liste où les gens pouvaient s’inscrire pour commander les nouveautés. Les choses ont commencé à prendre forme, on s’est rendu compte qu’il y avait aussi des intéressés en-dehors de Norvège, donc on s’est mis a écrire des lettres en anglais. Nous avons été présents à des festivals annuels depuis 1998, d’abord seulement en Suède et en Norvège et ensuite plus loin. On a fait les Elements of Rock depuis la première édition, par exemple. On a été à quelques endroits par-ci par-là dans pas mal de pays d’Europe, comme au Danemark, en Finlande, au Royaume-Uni, etc. On est aussi allés plus loin, mais c’était des coïncidences, comme par exemple on a suivi une tournée aux États-Unis une fois, on était au Brésil avec Antestor au début de l’année... Enfin ça arrive parfois qu’on suive un groupe sur toute une tournée, comme on est en train de faire avec Theocracy.

C’est vous qui proposez aux groupes de les accompagner, ou vous le faites avec les gens que vous connaissez ?

En général on essaie de les connaître ! Avec Antestor c’était tout bon, mais par exemple pour Theocracy on s’est arrangés avec leur label, avec qui on est en contact.

Travaillez-vous actuellement plus avec les groupes ou avec les labels ?

Beaucoup plus avec les labels. À l’époque, il n’y avait tout simplement pas de labels, tout se discutait par lettre avec chaque groupe différent et mine de rien ça revenait assez cher ! Mais ce changement est aussi une bonne chose, parce que ça donne des enregistrements plus professionnels. Si j’essaie d’évaluer une proportion, environ 90% de ce qu’on vend vient des labels, mais il y a quinze ans c’était le contraire. Ça fait quand même une sacrée différence.

Vous ne proposez que du metal chrétien, où c’est un peu plus large que ça ?

Je dirais qu’on propose du metal chrétien et, comme on l’appelle, du metal orienté chrétien. On a par exemple du Orphaned Land, ou du Eluveitie. Mais on est très pointilleux avec ça parce qu’on a une mission définie, mais on sait que tous les groupes ne veulent pas être catégorisés en tant que groupes chrétiens, donc c’est un peu à eux de voir. On se laisse un petit pourcentage pour de la musique à message simplement positif.

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Comment vois-tu l’avenir ? Tu te vois encore faire ça à 80 ans ?

Oui, qui sait ? Non, c’est assez difficile à dire. Ce n’est pas notre travail, on fait ça sur notre temps libre, le soir, le week-end, quand on a le temps... C’est une question de priorités, je crois. On le fait parce qu’on aime ça, parce que c’est marrant ! Si ça change et que ce n’est plus aussi marrant, on arrête.

Tu es dans le milieu de metal chrétien depuis un bout de temps, est-ce que tu peux nous parler de ton observation sur l’évolution du mouvement ?

Alors j’y suis plus ou moins depuis le milieu des années 90, et d’après moi c’était une décennie assez étrange. Le metal était très underground, et aucun label ne voulait signer de groupe issu de cette vague. Il n’y avait pas tellement de mouvement à proprement parler, mais c’est à ce moment-là qu’il a commencé à émerger. Il y avait quelques groupes qui se lançaient en Norvège, et je crois que c’était un peu partout pareil, comme des petites explosions locales sans connexions entre elles. Le contact s’est développé plus tard, et a complètement changé avec l’internet, les forums, les échanges virtuels, etc. C’est très facile de savoir rapidement ce qui se passe dans d’autres pays, et les influences se croisent aussi.

Que penses-tu du mouvement maintenant ?

C’est difficile à dire. En Norvège il est à peu près mort, pour être honnête. La scène metal chrétienne n’en est plus vraiment une, les gens sont assez éloignés les uns des autres. La chose la plus difficile est de décrocher des concerts. Avant c’était plus simple, tu faisais une tournée quand tu sortais un album, mais maintenant les ventes d’albums sont tellement faibles que ça ne marche plus comme ça, et ça a eu beaucoup d’impact pour la promotion des groupes. C’est plus pour la publicité que pour l’argent que les albums sont importants. La scène a aussi changé, mais en mieux je pense, parce que la séparation entre les chrétiens et les autres a presque disparu. Il y a probablement encore des groupes qui ont peur d’être affichés comme chrétiens et qui craignent de ne plus pouvoir jouer nulle part, mais bien des groupes gardent leurs convictions très claires et les défendent. Donc il y a du bon et du moins bon dans les changements qui se sont produits.

Qu’en est-il de la guerre entre les musiciens norvégiens chrétiens et les "satanistes" ?

Elle n’existe plus. Les groupes les plus virulents à l’époque n’en ont plus rien à faire. C’est assez en adéquation avec l’ensemble de la population, dans le sens que les gens en général se fichent pas mal des différentes idéologies. Je ne trouve pas que ça soit une bonne chose pour autant, la Bible dit qu’il faut être chaud ou froid, mais pas entre les deux ! Les choses sont plus faciles et plus intéressantes quand il y a de la confrontation et de l’opposition. Si tout le monde dit :
« Je m’en fous, je n’aime pas ça, mais je m’en fous », tout va bien et rien ne bouge jamais. Je ne crois pas que ce soit le but du metal non plus. Le metal, c’est de la provocation.

Quelques mots sur Frosthardr au début et maintenant ?

On a commencé avec la deuxième vague du metal chrétien, je dirais. Avant je jouais avec Vaakevandring, qui avait commencé plus ou moins avec l’émergence du mouvement metal chrétien chez nous, et Frosthardr a démarré après ça. Maintenant on est pas exactement séparés, mais le chanteur est parti se marier aux États-Unis, et on vit trop loin les uns des autres, même pour ceux qui sont en Norvège. C’est pour ça qu’on est en pause. Mais il était temps pour d’autres priorités, aussi.

Qu’est-ce que tu penses du terme « unblack » et du concept qu’il véhicule ?

Je ne suis pas vraiment d’accord avec son utilisation, parce que pour nous, le black metal c’est un genre de musique. D’ailleurs on ne dit pas « unthrash metal » ou « unheavy metal ». Je peux comprendre pourquoi certaines personnes y sont attachées, mais en ce qui me concerne, ça n’a pas de sens. Mais je sais aussi que beaucoup de black métalleux non-chrétiens n’acceptent pas que le terme « black metal » puisse être utilisé par des groupes chrétiens, convaincus que c’est incompatible. Des deux côtés, des gens associent ce style de musique à l’idéologie.

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Explique-nous comment tu as mis Jayson Sherlock en contact avec les gars de Drottnar.

Ah, ça c’était super marrant ! C’était au Nordicfest en Norvège, et c’était un rêve pour nous d’y inviter Paramæcium. À la période où on les a contactés, on a su que Jayson avait réintégré le groupe après plusieurs années d’absence. Donc on a inscrit le groupe, et après on a commencé à réfléchir à ce qu’on pourrait faire de ça. Comme je connaissais les membres de Drottnar depuis de longues années et que je savais qu’ils sont fans de Horde, on s’est dit que ça pouvait être une idée de donner un concert en hommage à Horde. Ensuite j’ai envoyé un e-mail à Jayson, en lui disant ce qu’on avait l’intention de faire, et lui proposant de chanter ou prendre la guitare sur un morceau s’il avait envie, et je ne m’y attendais pas du tout mais il a répondu, disant que ça avait l’air sympa, mais qu’il voulait prendre la batterie et chanter. Je lui ai dit d’accord, mais dans ce cas ce n’est plus un hommage, c’est un vrai concert !

Comment as-tu su que Jayson était Horde ?

Il y avait des rumeurs qui circulaient. Je ne me souviens pas exactement depuis quand, mais dans le courant des années 90, je le savais avec certitude.


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