Holy Noise Night 2006

publié par Séb le 28 mai 2006

Holy Noise Night ’06

15 avril 2006. Yverdon, cité du bout du Lac de Neuchâtel, est généreusement arrosée par la pluie. Zone industrielle, au fond d’une allée, l’Amalgame, petite salle de concert fort sympathique, est progressivement gagnée par des jeunes venus de toute la Suisse Romande, mais aussi de France ou de Belgique. La raison de leur présence ? La 2ème édition de la Holy Noise Night, qui s’était déroulée l’année passée à l’Usine à Gaz de Nyon. On y avait retrouvé The Denouncers, Day by Day, Schandpfall et enfin Today Forever. Mais cette année, en plus d’être autrement plus bariolée, la programmation s’annonçait aussi un poil plus musclée. Jugez vous même...


19h30, la musique de fond cesse, la scène s’illumine doucement, les discussions baissent d’un ton et Cenk, combo lausannois de ska-punk celtique (c’est ainsi qu’ils se définissent eux-mêmes) entamment une soirée mémorable. bardés de costumes de prêtres, le groupe débute son set avec une reprise hilarante de Jesus revient, Jesus revient, Jesus revient parmis les siens.... Introduction à la fois osée et bien pensée pour Cenk qui ne compte dans ses membres qu’un seul croyant - le bassiste. Pour une soirée organisée de bout en bout par des chrétiens, les lausannois font, sur scène, preuve d’un humour et d’une ouverture d’esprit des plus sympathiques. Votre serviteur, rédigeant cet article, se doit d’avouer ne pas être un franc amateur de punk et encore moins de ska.... et mélanger le tout avec des influences celtiques ne laissait franchement rien présager de bon. Ne jamais espérer qu’un groupe termine son show avant même de l’avoir commencé, on pourrait se surprendre à aimer quelque chose qui n’a rien à faire dans nos habitudes. Les 5 musiciens ont pourtant réussis le pari de plaire très franchement à la majeure partie du public en proposant des morceaux tantôt de leur crû, tantôt repris de mélodies connues. Le tout exécuté avec toujours beaucoup de talent, de précision et de gaudriole. Cenk se fait plaisir sur scène et les spectateurs dans la salle avec. Le chanteur et maître à bord assure, avec un flegme incroyable, à la fois la voix mais aussi la flûte traversière, le pipeau ou encore la cornemuse et se permet de temps à autre un bon mot en jouant avec le public (qui le lui rend, par ailleurs, très bien). Vous l’aurez compris, ces 5 lausannois ont du talent à revendre et savent se libérer de genres musicaux relativement codifiés pour offrir sur scène un set enjoué et incroyablement motivant. L’idéal pour débuter une soirée qui ne fera qu’aller crescendo en intensité musicale.

Mais avant de continuer plus loin, une petite page de pub. Que vous ayez été présents ou non à cette 2ème Holy Noise Night, il y a une chose que vous avez probablement dû tous voir. Vous avez deviné ? Si je vous dis que ce mystère a pris naissance tout au nord de la France et en Belgique, serez-vous à même de découvrir de quoi il s’agit ? Ne laissons pas le suspens durer trop longtemps, puisqu’il s’agit tout simplement de l’affiche de la soirée. Vous l’aurez sûrement remarquée, avec ses forts gaillards et ses couleurs rappellant immanquablement la défunte URSS. Il est de mon devoir de faire honneur aux personnes l’ayant créée, artistes réunis sous le nom d’Edustries (www.edustries.com). N’hésitez pas à aller découvrir leur site et leurs divers travaux, car malgré la relative jeunesse de cette petite compagnie de graphisme, son talent n’est plus à prouver. C’était donc une page de publicité généreusement offerte par votre webzine préféré, Eternel.ch.

Retour aux festivités. Exit le ska-punk-celtique, place au rock’n roll et à l’empereur exilé. Tout droit venu de la grande Allemagne, Napoleon n’est pas un groupe comme les autres. Napoleon ne laisse pas indifférent, Napoleon plaît ou irrite, fait rire ou fait pitié, mais en aucun cas est un groupe que l’on oublie aussitôt vu. Ses musiciens semblent avoir fait un voyage dans le passé et s’être arrêtés dans quelque boutique des 60’s. Et jusqu’à présent, aucune note n’a encore été entendue. Pour quelqu’un comme votre serviteur qui n’a pas la moindre idée de ce à quoi s’attendre si ce n’est a du rock’n roll tout ce qu’il y a de plus basique, la musique de Napoleon surprend dès les premières notes. A défaut d’être innovant, le groupe sert un post-rock teinté de folie, de sonorités athmosphériques et de percussions ravagées. Le chanteur y va de ses mimiques efféminées tandis qu’un étrange personnage qui, de temps à autre, frappe frénétiquement sur un tambour ou sur un clavier, se met à danser de la plus bizarre des manières. Napoleon est un groupe qui doit être absolument découvert sur scène, sans quoi l’appréciation risque d’être sévèrement diminuée. Et même si le son des Allemands peut ne pas forcément plaire, leur prestation scénique, qui tient plus du théâtre que du concert, est hypnotisante. Rock’n roll’s not dead !

La soirée ne fait que commencer...

Et la suite de nous venir de la cité phocéenne avec le quatuor punk-californien Day by Day. Déjà présents l’année passée, les 4 marseillais ont l’air bien heureux d’être de retour en territoire helvète. Dès les premières notes on ressent un certain durcissement dans leur répertoire. A moins que ce soit le contraste avec les allumés de Napoleon qui donne cette impression. Quoiqu’il en soit, certains jeunes se lancent dans un réjouissant pogo pour saluer les performances du groupe. Mais si les débuts du concert laissent présager une suite bien mouvementée, on ressent une certaine distance de la part d’une majorité du public. Ce qui est bien dommage car l’ambiance aura de la peine à s’envoler. Les quelques jeunes motivés ne resteront que « quelques » et malgré toute la bonne volonté du monde, Day by Day ne mettra pas vraiment le feu à l’Amalgame. Ce qui n’est pas un mal, bien sûr, puisque le groupe aura tout de même su nous offrir des morceaux exécutés avec talent et précision, non sans oublier de nous partager leurs convictions.

Restent encore deux groupes à venir... du moins, c’est ce que tout le monde pensait.

Alors que Day by Day quitte gentiment la scène, une partie du public commence à s’échauffer. Opposition of One, groupe de hardcore allemand, va se charger de la suite de la soirée. L’attente est, à n’en pas douter, des plus visibles. En effet, le soir précédent, le combo de Karlsruhe aura amené le public de la soirée Born with a Future (Tramelan - Suisse) vers de sommets de défoulement avec son hardcore totalement maîtrisé, ce qui explique tout logiquement la présence de plusieurs motivés croisés là-bas. Dès les premières notes on comprend très vite que si la soirée avait pu paraître, par moments, agitée, ce n’était qu’une brise légère avant la tempête qui s’annonce. Très rapidement, circle pit et violent dancing s’imposent devant la scène, dans une bonne humeur et un état d’esprit positif des plus contagieux. Le groupe enchaîne ses titres et l’on se joint à eux pour quelques singalongs : « Why can’t you see what I see, this is reality. », « Before the Sunrise » ou encore « Our void, our void, our void cannot be filled. Your life, your life, your life don’t throw it away. » seront repris en choeur par une bande de fou furieux tentant quasiment d’arracher le micro des mains de Daniel, le frontman du groupe. Puis débarque la monstrueuse reprise du groupe canadien Figure Four « When it’s all said and done » et la furie gagne un cran supplémentaire. Le public est subjugué, le groupe, bien que transpirant à grosses gouttes (la salle n’est pas très bien aérée) donne tout ce qu’il peut et l’osmose fonctionne à merveille.

Et si la prestation musicale est de qualité, les Allemands n’en oublient pas pour autant leur motivation principale, partager leur croyance en Jésus. Le chanteur prendra donc quelques minutes pour partager quelques mots à la salle, sans pour autant partir dans des théories abracadabrantes et restant très simple et très accessible. Les gens sont, selon toute vraisemblance, plutôt touchés et le show de continuer de plus belle. Après 2-3 morceaux, leur set se termine et le groupe quitte gentiment la scène... mais une partie du public ne l’entend pas de cette oreille. En effet, le soir précédent à la Born With A Future à Tramelan, Opposition of One avait terminé son concert avec une superbre reprise du chant de louange « God is and Awesome God », avant un ultime rappel. C’est donc en choeur que plusieurs personnes scandent le titre jusqu’à ce que le groupe revienne sur scène et balance le morceau avec toute l’énergie qu’il lui reste. Se retrouvent alors agglutinés à la scène une bande d’excités qui hurlent les paroles au micro tendu en dessus d’eux ; « Our God is an Awesome God, He reigns from Heaven aboves with wisdom power and love, our God is an awesome God ». Et c’est par ce magnifique chant que se conclut le programme des Allemands qui restera probablement le moment le plus fort de toute cette Holy Noise Night pour grand nombre de personnes présentes ce soir là.

En coulisses une petite surprise se prépare...

Les rosbeefs investissent le terrain et c’est, sans prévenir, que Taking Names nous balance son son dans les tympans. Un bon gros hardcore des familles, rapide et puissant qui ne met qu’une seule idée en tête : Circle Pit. Probablement les plus fous de la soirée, même si quelques personnes ne semblent toujours pas avoir saisi le principe de cette pratique pourtant des plus simples. Le concert des Anglais ne dure pas longtemps, mais ce n’était pas le but. Juste envie de passer un moment sur scène pour s’amuser et repartir pour laisser les Américains de Seventh Star terminer la soirée. Ce furent donc quelques minutes des plus excessives mais des plus plaisantes.

Ne reste qu’un seul groupe... et pas des moindres.

Après le ska-punk celtique, après le rock’n roll psychédélico-zinzin, après le punk californien marseillais, après le hardcore allemand carré et puissant, après le hardcore anglais rapide et furieux, voici le hardcore venu tout droit de floride et où la tough guy attitude prévaut avant tout. Gros muscles, grosses guitares, grosse voix, grosse batterie, Seventh Star ne fais rien dans la dentelle. Tout ici est question d’efficacité. Des riffs puissants et secs servent un moshcore oldschool bien brutal sur lequel sont scandés des textes sans concession, proclamant la foi des membres du groupe. Musicalement, le groupe n’est peut-être pas autant enjoué et enjouant que les deux précédents, mais cela n’empêche pas les gens de bien participer. D’autant plus lorsque l’on sait que c’est le dernier groupe de la soirée et qu’il faut en profiter pour vider le peu d’énergie qu’il nous reste. On sent chez les Floridiens une véritable passion communicative que ça soit dans leur musique ou dans leur message. Et même si l’on peut rigoler de Johnny, le chanteur bodybuildé à n’en plus finir ou que l’on n’apprécie pas forcément la musique, ces types restent incroyablement authentiques et sincères. Leur set aura été efficace, puissant et des plus adaptés pour terminer la soirée. Cette fin de soirée qui aura d’ailleurs mis sur les rotules bon nombre d’entre nous.

Je pense que vous l’aurez compris, musicalement, cette édition 2006 de la Holy Noise Night fut à la hauteur de nos espérances et plus encore. On pourrait toutefois déplorer un soucis pour lequel les organisateurs de la soirée ne sont, malheureusement, pas responsables et qui s’est avérait être, principalement, le peu de public présent durant la soirée. En effet la salle n’a jamais été comble mais le public était suffisamment réceptif aux divers groupes pour que l’on ait pas une impression de vide et d’ennui. Il serait aussi quelque peu déplacé de ne pas prendre la peine de remercier Clément et toute son équipe pour l’organisation de la soirée où l’on a pu vraiment se sentir accueilli.

Cet article comporte, comme vous pouvez le constater, quelques photos de la soirée, mais vous pourrez trouver toutes les photos de la soirée en cliquant sur le lien suivant.

Vous trouverez aussi les interviews de quelques uns des groupes présents ce soir là ci-dessous.

Interview de Napoleon

Interview de Day by Day


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