Interview - Garrett Russell, chanteur de Silent Planet (@ Kofmehl, Soleure)

publié par Marcounet le 3 novembre 2016

Eternel.ch avait discuté avec Garrett Russell, après le concert du groupe et celui de For Today, le 7 avril dernier, dans le passage du vestiaire. En douze minutes d’interview, chrono en main, le frontman de Silent Planet avait livré un paquet de choses intéressantes. A lire absolument !


Salut, peux-tu te présenter, ainsi que ton groupe et nous dire comment, les autres membres et toi, vous avez choisi son nom ?

Je suis Gary Russell de Silent Planet. On a commencé ce groupe il y a sept ans et on tire notre nom d’un livre de CS Lewis dont le titre est Out of the Silent Planet de la trilogie cosmique.

Quelles sont vos influences ?

Il y a de nombreux groupes dont nous trouvons le travail intéressant. L’un d’eux s’appelle The Contortionist, il est une véritable source d’inspiration pour nous. Il y a aussi Underoath qu’on aime beaucoup. On apprécie la musique ambiant dans la veine de This World Destroy You. Les Britanniques d’Architects sont aussi formidables. Quant à moi, mon groupe préféré est Mewithoutyou. Sa musique est très inspirante.

Quelles sont vos attentes lorsque vous tournez avec Silent Planet ?

J’aimerais dire à vos lecteurs que nous ne sommes pas là pour faire de l’argent mais pour partager notre passion. Ville après ville, les échanges que nous avons, les rencontres que nous effectuons, comme par exemple cette interview, nous font vivre. Ce sont les relations qui nous boostent, c’est cette envie de rencontrer l’autre qui nous fait avancer.

A votre avis, est-il possible de conjuguer crédibilité artistique et spirituelle ?

Oui, je crois que c’est possible. Je crois aussi que tous les dons et leur expression trouvent leur source en Dieu. Lorsque j’essaie par moi-même d’être tellement bon, tellement intelligent et que tout tourne autour du moi, je n’arrive à rien. C’est seulement lorsque je fais machine arrière et que je me rends vraiment compte de ce que signifie être un fils de Dieu, malgré le fait que je ne vaux rien en regard de mes fautes, que je sais ce que cela veut dire que d’être aimé. Et là, alors, cela me pousse et me place mentalement dans les bonnes dispositions pour sortir de mon égocentrisme. Et je pense que toute bonne chose spirituelle se construit justement à partir du don de soi et non de l’égoïsme.

Du coup, considérez-vous votre groupe comme un ministère ?

Si j’avais l’impression qu’au-travers de Silent Planet nous (ndlr : les autres membres et lui) ne pouvions pas exercer un ministère, alors j’arrêterais. J’ai 26 ans et lorsque j’ai démarré ce projet, j’en avais juste 19. A cette période, je ne pensais qu’à jouer, à être cool sur scène et à faire des tournées. Je me fiche de tout cela aujourd’hui. Je crois que ma participation à Silent Planet s’inscrit dans le plan de Dieu, les rencontres avec les gens aussi. J’espère que mon groupe est un ministère, je l’espère vraiment.

Un mot sur la Suisse et sur ton expérience de musicien chrétien en Suisse ?

Honnêtement, je pense qu’il s’agit de la plus belle place où je suis allé dans ma vie. Je me suis promené pendant deux heures dans des endroits complètement perdus et je me sentais vraiment comme dans un rêve. C’est magnifique ! J’apprécie aussi beaucoup les gens. J’espère sincèrement qu’on va pouvoir repasser par-ici. Plus que partout ailleurs, c’est ici que j’ai envie de revenir le plus souvent possible. Concernant l’expérience scénique, on a eu qu’une date en Suisse mais on peut percevoir qu’ici, comme ailleurs en Europe, en fait, il y a beaucoup de gens qui ont été blessés par la religion. Et je pense que les gens ont besoin de bien plus que de la religion. Ils ont besoin d’entrer dans une relation personnelle avec Dieu. Je crois que c’est ok que les gens tournent le dos à la religion parce que cela peut peut-être ouvrir la porte à une véritable relation avec Dieu.

Peux-tu nous en dire plus sur votre t-shirt Heal us qui est très interpellant ?

Volontiers. Homophobie, sexisme, racisme, religion, guerre… Toutes ces choses, je les vois comme connectées. Parce qu’elles font partie de notre système qui jauge de la valeur des gens, qui détermine qui ils sont, à quoi ils ressemblent… Notre monde nous juge sur des éléments extérieurs alors que je pense que nous sommes tous égaux, tous enfants de Dieu et que nous n’avons plus à vivre sous le régime de la peur du regard des autres. Beaucoup de gens me parlent de guérison face à la guerre ou à la religion et j’aime qu’ils soient guéris de la religion, parce que pour de nombreuses personnes, connaître véritablement Dieu est un privilège. Être libéré de la religion, connaître le vrai Jésus, c’est formidable. J’aime cette image de Jésus qui vient sur terre pour retourner le Temple. Jésus a été crucifié par les autorités religieuses parce qu’il refusait que les gens doivent vivre selon un système religieux pour accéder à Dieu. C’est pour cela qu’il a dit qu’il fallait laisser venir à Lui les petits enfants, parce que le Royaume de Dieu appartient à ceux qui leur ressemblent. Jésus était entouré de gens de mauvaise vie, de gens qui n’étaient pas propres sur eux, mais ils appartenaient à Son royaume. Jésus a complètement retourné l’échelle des valeurs des religieux. Ce qui lui importait c’était les gens et non pas leurs maladies, leurs faiblesses. Cette incroyable nouvelle donne, c’est quelque chose que j’essaie de comprendre… Cette passion qui nous guérit tous.

Dans tes propos, on retrouve une même manière de penser que celle des « chrétiens en lettres rouges »… Tu les connais ?

Ouiiiii ! Ce sont des gens formidables. Shane Claiborne a été une grande inspiration pour moi, dans ma jeunesse. Ses livres « La révolution en lettres rouges » et « Jesus for president » (ndlr : à ce jour non traduit en français) m’ont beaucoup apporté. Je pense que le message de Jésus est réellement choquant pour les gens parce qu’ils croient savoir ce que c’est que d’être chrétien, mais ils n’ont aucune idée de qui est Jésus, parce que le message de Jésus a été impératif et choquant.

Durant le concert, vous avez fait un statement concernant les réfugiés et les migrants… On en déduit que vous n’êtes pas de fervents supporters de Donald Trump…

Non, non, non ! C’est un fasciste. Il ne sait pas de quoi il parle mais il essaie à tout prix de diviser les gens. Lorsqu’il dit qu’il veut rendre sa grandeur à l’Amérique, en fait, ce qu’il veut, c’est que l’Amérique soit contre le reste du monde. Lorsque l’on voit de quoi est constitué ce monde, avec ces réfugiés, des gens qui n’ont aucun droit, aucune voix, qui sont abusés… Nous devons à tout prix rejeter le fascisme. Le problème c’est qu’aux Etats-Unis, les affres du nazisme n’ont pas été ressentis aussi durement qu’en Europe. Les Américains ne connaissent pas les stigmates du fascisme comme vous, les Européens, parce que le nazisme et ses effets étaient très lointains pour nous. Mais, comme vous le savez, ce système ne vaut rien, ce n’est que de la saleté. Il n’y a rien de vrai là-dedans. Je veux que les chrétiens sachent qu’ils doivent s’élever là-contre, ne pas se rendre complices de cette idéologie maléfique.

Il y a malheureusement des chrétiens qui soutiennent Donald Trump parce qu’ils voient notamment en lui le déclencheur de l’accomplissement des derniers temps…

La fin des temps peut venir, si c’est le bon moment. Mais je crois qu’en tant que chrétiens, notre job est d’apporter la vie sur cette terre. Nous ne devons pas être focalisés sur la fin des temps, mais plutôt sur le soutien que nous avons à apporter aux pauvres, aux gens qui souffrent et surtout ne pas prêter l’oreille aux orateurs du mal.

On partage clairement ta position. Maintenant, changeons de registre, dis-nous ce que cela représente pour Silent Planet de faire partie du prestigieux roster de Solid State.

C’est merveilleux, les gens de Solid State nous témoignent beaucoup d’amour.

Et ça représente quoi pour vous de tourner en Europe avec For Today ?

C’est incroyable, ils sont si gentils avec nous. C’est génial de pouvoir vivre avec eux, partager leurs repas et leur bus. On avait déjà tourner avec eux en Amérique.


Share |
Imprimer ce document