Blindside - Interview réalisée le 29 octobre 2011 (Interview réalisée par Mik Clottu pour le compte de Radio Réveil.)

publié par Frère Cardoche le 16 février 2012

L’automne dernier, Mik Clottu a rencontré Blindside afin de réaliser une interview pour Radio Réveil. Le groupe suédois a répondu à ses questions, même les plus déjantées.


Hello Blindside, pouvez-vous vous présenter en deux mots ?

CL : Je suis Christian, je suis le vocaliste dans ce « band », et je vis à Stockholm.

MD : Je suis Marcus, et je ne suis pas le vocaliste, je suis le batteur.

Que veut dire « Blindside » ?

CL : Nous sommes coincés avec ce nom depuis longtemps... Ça n’a pas vraiment de grande signification. Nous avions 17 ou 18 ans quand nous avons proposé ce nom, on s’est dit que c’était plutôt cool. Après coup, on a essayé d’y coller une signification plus profonde, mais la vérité c’est qu’il n’y en a pas. Pas de grande explication, pour être honnête.

Êtes-vous musiciens à plein temps ?

CL : plus maintenant

MD : on l’a été, mais plus maintenant. C’est vraiment difficile de réussir dans le business de la musique. Ça exige beaucoup de temps, et ces dernières années, nos situations familiales ont changé, certains ont des enfants... C’est difficile de le faire à plein temps !

CL : ya.

MD : quoi, « ya » ? C’est quoi, ça ? (rires)

CL : ya. Je suis d’accord.

Comment voyez-vous l’évolution de votre groupe ? Je vous ai découvert avec votre premier album, je vous ai vus jouer sur une remorque de camion, puis votre succès a explosé, il y a eu la période de votre collaboration avec P.O.D., puis on a eu l’impression que la vague redescendait, que vous avez eu quelques problèmes... Quelle est l’essence de Blindside ? Comment commentez-vous votre histoire, et ce développement ?

CL : C’est comme la vie, il y a des hauts et des bas. L’essentiel, c’est que l’amitié qui unit chacun des membres de Blindside est solide. C’est la chose dont laquelle je suis le plus fier : nous sommes toujours quatre potes qui font de la musique ensemble. La musique ne dépend pas du succès du groupe ou des ventes d’albums. Bien sûr que c’est plus excitant quand on vend beaucoup d’albums, mais ce n’est pas l’important.

Vous êtes Suédois... Quels sont les « clichés » sur la Suède dont le monde devrait se débarrasser ?

MD : Le « Swedish Bikini Team »... (rires). Au risque de décevoir les gens, ça n’existe pas !

CL : Et, par exemple quand on est aux USA, les gens disent « Oh, vous êtes de Suède, vous avez ces couteaux... » - Nooon, c’est la Suisse. « Oh... mais vous avez ces montres, c’est juste ? » - Non, c’est toujours la Suisse.

C’est la même chose pour les musiciens qui jouent ici... Je me rappelle de Coolio il y a quelques années : « C’est si bon d’être en Suède ! » Et tout son public l’a sifflé...

MD : Nous sommes liés alors !

Vous êtes également chrétiens... Quels sont les « clichés » sur le Christianisme dont le monde devrait se débarrasser ?

CL : ohh... Je ne sais pas... Peut-être le fait qu’il ne s’agit que de règles, et que ces commandements sont la seule chose qui importe, qu’il faut obéir et se tenir au règlement, tout le temps. C’est un préjugé qui doit être changé... Il s’agit avant tout d’une relation personnelle, mais beaucoup de personnes pensent qu’il s’agit d’une liste d’interdictions et de devoirs... Ça serait bien si ça changeait.

Est-ce que Dieu joue un rôle dans Blindside, en tant que groupe ?

CL : Oui, c’est clair. Dieu a toujours un des piliers de Blindside. Bien sûr qu’il y a eu des temps où chacun de nous avait des doutes, mais Dieu est assez grand pour marcher avec nous, même avec nos doutes. Pour résumer : Oui, Dieu a toujours été une partie importante de Blindside, et je crois que ça ne changera pas.

Mais alors est-ce que Blindside est un groupe chrétien ou pas ? Même Wikipedia ne répond pas à cette question (rires). Ce clivage a-t-il lieu d’être ? Les mecs de Pillar me disaient tout-à-l’heure que le public chrétien a énormément d’attentes de la part d’un groupe « chrétien », que ça soit au niveau du contenu de leur musique ou de leur comportement. Qu’est-ce que vous répondez à ça ?

CL : Pour nous, l’essentiel a toujours été la musique, et se laisser porter, se perdre dans la musique, et y rencontrer Dieu. Je pense qu’un mur a été érigé par lequel les gens essayent de diviser les catégories « musicien chrétien » et « musicien non-chrétien », mais même Dieu ne fait pas ça. C’est facile de labelliser quelqu’un, mais en y réfléchissant : comment être sûr ? Comment savoir ? Où s’arrête la catégorie « chrétien » ? À quelqu’un dont les chansons parlent de Dieu mais qui n’est pas croyant ? À un musicien qui a une foi profonde en Dieu mais qui chante pour sa femme ? À un orchestre classique symphonique jouant une œuvre « chrétienne », mais sans aucun texte ? Si on est honnête, il n’y a aucun moyen de définir ce qui est « chrétien » et ce qui ne l’est pas. Mais c’est plus facile de mettre une étiquette sur les choses. On se sent plus en sécurité. Les parents se sentiront rassurés si leur adolescent écoute de la « musique chrétienne ». Mais je ne pense pas que ce soit aussi simple que ça en réalité. Mais je crois que Dieu peut se mouvoir à travers la musique. Je crois que le son peut toucher le cœur des gens. Je crois que le Saint-Esprit peut toucher l’esprit, l’âme ET le corps par la musique.

Quelles sont vos principales influences musicales ?

CL : La vie en général. Il n’y a pas de groupes particuliers qui ...

MD : Il y a des musiciens qu’on écoute, mais ça change tout le temps. Quand on a commencé, c’était complètement différent de ce que c’est maintenant...

Votre premier album faisait un peu penser à Refused...

MD : Euh, pas notre premier... Peut-être le deuxième... Mais c’est plutôt lié à la scène hardcore dans laquelle nous jouions.

Quel serait votre invité de rêve sur un morceau (featuring) ?

CL : Bonne question... Marcus, qui serait ton favori ?

MD : J’adorerais bosser avec Liam de Prodigy.

CL : Ça, ça serait fantastique. Ça serait génial ! Et je ne serais pas non plus contre Zack de la Rocha [Rage Against The Machine]

MD : Skrillex serait sympa également.

Quel est le morceau que vous ne vous lasserez jamais de jouer sur scène ?

MD : My Alibi !

CL : J’allais dire la même chose. C’est un morceau évolutif qui n’a pas le même rendu en live qu’en version enregistrée.
Qui sont vos préférés parmi les groupes avec lesquels vous avez tourné ?

MD : mewithoutYou

CL : Oui, c’est ce que j’allais dire

MD : Papa Roach aussi, on adore ces gars.

CL : C’est une question-piège, parce que parle-t-on de la musique jouée par les musiciens ou parle-t-on des musiciens en tant qu’être humains ? Parce que combiner les deux, c’est –

MD : Il y en a plein... Notre dernière tournée avec Write This Down était géniale. On avait pris avec nous Intohimo, qui sont aussi des mecs géniaux. Bon, on déteste leur musique, mais on adore les gars du groupe.
CL : [il éclate de rire] Marcus, c’est fantastique ! J’espère qu’ils entendront ça, ça serait bien.

Je leur enverrai une copie !

Vous avez beaucoup fait de scène ; quelle est l’expérience la plus touchante, émouvante que vous ayez vécue en rapport à votre musique, pendant que vous étiez en tournée ?

MD : Un jour, un gars nous a raconté qu’il avait voulu se suicider, mais que notre musique l’avait fait changer d’avis. Ce genre d’histoires est très encourageant.

CL : Je me rappelle cette jeune fille dans le Colorado [aux USA] qui est venue vers moi après le concert et qui m’a demandé : « Votre morceau « painting », ça parle de quoi ? » Pour être honnête, je n’aime pas du tout ce morceau, alors je lui ai répondu vaguement... Et là elle m’a raconté qu’elle avait préparé son suicide, qu’elle avait rédigé une lettre d’adieu, et qu’au moment de passer à l’acte, « Painting » a été diffusé à la radio, et ça l’a fait renoncer. C’était étrange d’avoir en face de moi une adolescente qui me racontait l’importance qu’avait la chanson pour elle, alors que moi je ne l’aimais pas du tout... Je me suis senti aussi bouleversé que stupide... Et ça m’a fait réaliser que tout ne se passe pas toujours selon nos plans.

Et quelle est la chose la plus drôle que vous ayez vécue pendant une tournée ?

MD : Je crois qu’une des choses les plus drôles qui soient, c’est quand Christian a marché sur les nichons de cette fille... (rires) Elle était tout devant, appuyée contre la barrière de sécurité, et en général, Christian saute dessus depuis la scène... et là, son pied a atterri sur quelque chose de mou... Tu veux raconter l’histoire, Christian ?

CL : Non non, vas-y continue, tu fais un bon boulot !

MD : En fait l’histoire s’arrête là, mais après le show, elle est venue vers Christian lui dire « Hé mec, tu m’as carrément écrasé le nichon »... Christian était tout désolé... Mais elle a relativisé, en disant que c’est les concerts, qu’il y a des choses pas cools qui se passent, mais que même si les gens se blessent ou que quelqu’un leur jette quelque chose au visage, c’est pas si grave, parce que ça s’est passé à un concert... C’est plutôt rigolo.

CL : On en a pas mal des comme ça... Mais les choses qui se passent en tournée n’arrivent jamais dans la vie de tous les jours...

MD : Quand on a joué en Amérique du Sud... Euh non, pardon, dans le Sud de l’Amérique, au Texas, le coup de ton porte-monnaie...

CL : Oh ! Ah ouais, c’est juste, cette histoire-là ! On était à El Paso, là où beaucoup de gens traversent la frontière et viennent du Mexique... C’était un show démentiel, on jouait avec Papa Roach, j’ai escaladé les hauts-parleurs, vraiment haut. Je voulais faire du stage-diving, mais je me demandais « pourquoi tu fais ça, c’est vraiment trop haut ? » Comme je ne pouvais pas faire la poule mouillée, j’ai plongé. Je surfais sur la foule, content de ne pas m’être blessé, quand un mec a commencé à délacer ma chaussure... J’en revenais pas. Je lui ai donné un petit coup de pied pour qu’il arrête. Il s’est excusé, et moi je suis remonté sur scène, soulagé qu’on ne m’ait rien volé... « Oh mince, si, mon porte-monnaie ! » (rires)

Deux mois plus tard, on était de retour à El Paso, cette fois avec Linkin Park, c’était un énorme concert, et après le show, je marchais en direction de notre bus et il y avait des kids qui hurlaient à mon passage. Alors je leur ai dit [il prend une voix désabusée] « non, je ne suis pas dans Linkin Park, c’est pas moi que vous voulez » Mais ils ont insisté et m’ont appelé. Je suis allé vers eux, et là une fille me dit : « J’ai ton porte-fric... Mais pas ici, au Mexique. Mais j’ai pas pris l’argent, tout y est encore. » Je lui ai donné une adresse à laquelle elle pouvait l’envoyer et lui ai promis plein de trucs gratuits si elle me le renvoyait, mais elle ne l’a jamais fait. Il y a des choses très bizarres qui se passent en tournée...

J’ai aussi entendu dire que votre matériel disparait régulièrement... Vous êtes maudits ?

MD : Euh... En France on s’est tout fait voler. À Paris. Simon avait d’excellentes guitares...

Je sais... Du reste, je me suis senti coupable parce que votre manager m’avait demandé un coup de main mais j’ai pas réussi à vous trouver à temps un endroit où dormir...

CL : Bouh ! C’est toi le coupable !

MD : C’est de ta faute !

CL : En fait c’est toi qui nous a tout volé ? (rires)

MD : C’était une de ces journées... On avait parqué le bus devant l’hôtel, on aurait dû sécuriser le bus pour rendre la porte arrière impossible à ouvrir, mais on était fatigués... Le lendemain matin, en prenant l’ascenseur, j’avais vraiment un mauvais pressentiment... Notre manager est arrivé et je lui ai directement demandé « on s’est fait dévaliser ? ». Et oui, on s’était tout fait voler. Je le savais (rires).

CL : Une autre histoire de dingues... J’ai le temps de la raconter ? Je viens de m’en rappeler... Bon de toute façon tu peux la couper au montage si jamais... Alors nous sommes en Espagne, nous sommes supposés charger le matériel, c’était au début de notre « carrière », dans un tout petit endroit. Nous commençons à poser notre matériel par terre, persuadés que personne ne viendrait nous voir... Mais en fait, c’était plein de monde, et au milieu du set, je vois Marcus passer à côté de moi. La batterie s’arrête, la musique s’arrête. En plein milieu d’un morceau ! Je m’excuse au micro pour la courte pause, mais je vois Marcus sortir simplement de scène sans se retourner. Je jette un coup d’œil à la batterie et je vois qu’elle est littéralement couverte de sang... Je descends de scène et vois Marcus assis là, en sang. Il s’était ouvert les doigts en se ratant sur les cymbales, et le sang giclait partout... En même temps, j’entends des incantations bizarres venant de la salle, je vais voir ce qui se passe, et là je vois que le public s’est emparé de notre guitariste et de notre bassiste et les tiennent en l’air à bouts de bras... On dirait une foule de cannibales tenant un rituel incantatoire avant de manger nos musiciens... En fait il s’est avéré que c’était plutôt une sorte d’initiation, ils signifiaient à Thomas et Simon [basse et guitare] qu’ils faisaient partie du groupe [du public]... Avant de les foutre dehors. C’était vraiment bizarre. Juste après ça, on est allés se tremper dans l’océan et on a roulé 21 heures direction l’Autriche, pour notre prochain concert...

Quelle est la chose la plus dégoûtante que vous ayez mangée en tournée ?

MD : C’était en Roumanie, mais on ne l’a pas mangé en fait. Un « raté au poisson ».

CL : ah oui ! Pouah !

MD : Personne ne voulait en manger, on est tous allés au McDo à la place. (rires)

CL : C’était un truc avec un poisson entier, y-compris la tête, c’était dégueulasse.

MD : Je présume que c’était le pire repas qu’on nous ait servi, mais bon, personne n’en a mangé... Rien que la vision de cette chose... (rires)

Quelle est la chose la plus déjantée que vous ayez dédicacée ?

MD : Il y a eu quelque chose récemment, je ne sais plus exactement quoi... Mais ça arrive tout le temps que des gens débarquent avec des choses étranges qu’ils veulent faire signer...

CL : Oui, et il y en a une ou deux que je regrette... Une fois, un gars est arrivé et m’a demandé [il prend une voix de débile] : « Tu peux signer mon front ? » Je l’ai fait mais après coup je me suis dit que c’était plutôt dégradant... pour lui. (rires)

MD : J’espère au moins qu’il a acheté quelque chose ! On devrait poser la question à chaque fois : « T’as acheté quelque chose ? Si non, je signe rien ! » (rires)

Il paraît que la fin du monde est pour 2012, c’est du moins ce qu’on veut faire dire à un calendrier maya... Qu’en pensez-vous ?

MD : Sur Facebook, quelqu’un a écrit : « Nous n’avons plus de quoi écrire. Ça risque de faire paniquer les gens dans le futur. Signé : les Mayas »

CL : Du reste, il semble que ce fameux calendrier maya ne prédise pas la fin du monde, mais simplement l’entrée dans une nouvelle ère. C’est plutôt l’arrivée de quelque chose de nouveau. Je me réjouis. Peut-être qu’ils savaient quelque chose que nous ignorons.

Vous pensez que les gens doivent avoir peur de la fin du monde ?

CL : [il prend une voix de tueur de films d’horreur] Tremblez de peur !!! (rires)

MD : Personne ne peut rien faire pour rallonger sa vie. C’est comme ça.

CL : La vie humaine est bien courte de toute manière. Même si aujourd’hui on vit jusqu’à 80 ans ? Je ne sais pas pourquoi il faudrait s’inquiéter du fait que notre vie pourrait être raccourcie de quelques années.

Mais si vous saviez que tout s’arrêterait demain, que feriez-vous aujourd’hui ?

MD : La même chose que d’habitude !

CL : Je sauterais dans le prochain avion pour aller rejoindre ma famille.

Si Blindside devait s’arrêter ou disparaître ce soir, quelle est la chose dont vous voudriez que vos fans se souviennent ?

CL : J’aimerais que nos fans pensent que nous étions authentiques. Que tout ça était bien vrai, et pas du chiqué.

Merci Christian et Marcus, adjö farväl !


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