Mik (Un jeune Romand Jesus Freaks exilé en Allemagne)

publié par Marcounet le 22 juillet 2004

Interview réalisée au printemps 2003 avec Michael C., un garçon issu du mouvement chrétien « Jesus Freaks » ».


Le jeune « alternatif » assume la coordination romande du « Freakstock », sorte de « Paleo chrétien ». L’édition 2002 de cet événement aura lieu à Boxberg-Gotha, en Allemagne, du 1er au 4 août. Mon interlocuteur ne m’est pas inconnu. J’avais fait sa connaissance, il y a quelques années, alors que je dirigeais un groupe des jeunes interconfessionnel à Neuchâtel.

Si la dégaine de Michael flaire à plein nez l’absence de compromis, les propos qu’il tiendra au fil de la discussion ne laissent pas non plus place aux concessions. Le jeune homme chausse des souliers de sécurité d’un autre temps. Ceux-ci pourraient à eux seuls résumer les kilomètres parcourus par ce garçon d’une vingtaine d’années depuis la première fois où nos routes s’étaient croisées.

Le jeans bleu délavé, la veste militaire « treillis » bariolée de badges et de « patches » témoignent de l’absence de compromission chez le bonhomme. D’emblée, sa détermination m’impressionne bien plus que son côté rebelle. Le crâne pelé, la barbichette saillante et les « tunnels » creusant les lobes de ses oreilles poussent outrageusement l’esthète à la caricature. Je suis pourtant en face d’un chrétien « engagé » comme il aime à se décrire. Avec lui, pas besoin de fioritures, j’en profite donc pour lancer la discussion :

- Michaël, peux-tu tout d’abord préciser ce qu’est le mouvement « Jesus Freaks » ?

- En deux mots, le mouvement « Jesus Freaks » est issu de la scène alternative hambourgeoise. En Décembre 1991, des jeunes punks chrétiens se sont rencontrés dans un salon en se posant la question de savoir si Dieu les acceptait tels qu’ils étaient, et si oui, quelle était la « mission » qui leur était dévolue. D’une demi-douzaine, le groupement a très vite compté plus de 300 individus. Les « Jesus Freaks » (En Allemagne, le mot Freaks désigne les marginaux, dans le langage courant) ont alors loué une boîte de nuit, où de nombreux groupes issus de la scène alternative, chrétienne et séculière, se produisaient.

- Depuis 1991, j’imagine que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, donne-moi des nouvelles fraîches du mouvement ...

- Aujourd’hui, on dénombre plus de 150 groupes affiliés aux « Jesus Freaks » en Allemagne, on trouve également des groupes en Autriche, aux Etats-Unis et en République tchèque. La Suisse ne demeure pas en reste avec actuellement trois groupuscules. En Allemagne, les « Jesus Freaks », qui fonctionnent comme une communauté chrétienne normale, sont désormais reconnus par l’Etat en tant que groupement religieux non sectaire. Par ailleurs, dans une enquête publiée par le ministère de la culture, il y a un an ou deux, le groupement « Jesus Freaks » est également reconnu comme une entité culturelle à part entière.

- Parlons maintenant du « Freakstock festival ». C’est quoi au fond ? Une sorte de « Paléo chrétien » ?

- En quelque sorte. Ce qui diffère par rapport au festival basé à Nyon, c’est que les gens ne viennent pas pour applaudir tel ou tel artiste dont le nom figure sur l’affiche de la manifestation. Ils sont là pour Jésus. Stratégiquement, le comité d’organisation du Freakstock ne mentionne jamais le nom de groupes programmés. Il existe pourtant des certitudes. En ce qui concerne la grande scène, par exemple, les groupes qui s’y produisent sont issus des milieux alternatifs. Ceux-ci sont reconnus tant pour la qualité de leur musique que pour leur foi chrétienne. Sur d’autres scènes annexes, l’appartenance musicale est plus spécifique. On retrouve ainsi un dance floor « Drum n’ Bass » basé dans un bâtiment désaffecté, un atelier « hip-hop », une scène « hardcore » et une autre plutôt « métal ».

- Peux-tu décrire la journée d’un festivalier ?

- Chaque jour, la journée débute par une sorte de culte organisé sur la grande scène. La musique d’adoration (louange), jouée dans un style plutôt musclé y revêt un caractère très important. Un orateur donne ensuite un « message » à caractère biblique. Puis la journée se déroule pratiquement comme dans n’importe quel autre festival. On termine également la soirée tous ensemble, par une réunion « plénière », histoire de commencer et de finir la journée avec Dieu.

- On est loin du Paléo ...

- Oui et non. L’événement est organisé sur un hippodrome, on y trouve également un village-camping et différents lieux dévoués à des styles de musique. Les organisateurs sont également proches des participants et l’événement a pour sponsor principal une grande marque de bière (il rit). Les problèmes liés à la drogue sont évidemment moins importants que dans des rassemblements « séculiers ». Il existe cependant une tente d’information sur le sujet, tenue par des anciens toxicomanes, devenus aujourd’hui des chrétiens engagés.

- Le public de cette rencontre est donc chrétien ?

- Pas forcément, la qualité des groupes présents, l’ambiance extraordinaire qui y règne ainsi que sa désormais médiatisation attire une foule hétéroclite. Lors de précédentes éditions, nous avons eu la visite de TF1, d’Arte, de RTL et d’ARD. Le jeu de mots entre « Freakstock » et « Woodstock », ainsi que la connotation peu commune des deux événements ont certainement joué un rôle important dans l’intérêt des médias.

- Jeux de mots, démarches hors des sentiers battus, les organisateurs semblent exceller dans l’art la provocation ...

- Effectivement. Resitué dans le climat de l’époque, le discours de Jésus était pour le moins provocateur et révolutionnaire. Alors pourquoi agirait-on, aujourd’hui, différemment de lui ? D’autant plus que la « provoc’ » fait partie intégrante de notre société, regarde comment la publicité fonctionne aujourd’hui...


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